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  • : Oiseau Netique Epigloptaire
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  • : Flap ... l'oiseau se pose et puis dépose ... "Dans le désert de ma Pensée S'est envolée la femme oiseau Marquée par l'altérité Dune anamorphosée aux ciseaux"
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6 août 2008 3 06 /08 /août /2008 14:22
Une pluie d’automne cinglait la fenêtre de gouttes comme autant de larmes coulant sur les joues de la maison. Le chant plaintif du vent filtrait, murmure strident, mélodie toujours renouvelée preuve de son impuissance. Le regard perdu aux rafales qui courbaient les arbres, je restais impassible et immobile, face aux éléments. L’après-midi languissant s’achevait et le tumulte extérieur rendait le calme profond de la chambre d’un ennui encore plus terrifiant. Je me remis à écrire. Il ne me restait plus que quelques heures mais les mots s’accrochaient, refusant le papier. Déjà, un an plus tôt …


La foule se bousculait et les cris fusaient au milieu de ce magnifique marché aux fleurs de Casablanca. La chaleur baignait d’une douce torpeur l’agitation ambiante. Enivré de senteurs, je recherchais des yeux l’indice de sa présence, un chapeau, un chapeau blanc orné d’un ruban vert. Mon cœur battait à tout rompre. Mes mains moites s’agitaient nerveusement, patins inarticulés à la geste fiévreuse.  L’attente de ce moment couperet avait obscurci mon esprit. Qui allais-je rencontrer ?


Il ne s’agissait plus de cette femme virtuelle et de nos contacts quotidiens. De ces instants d’échange pur pendant lesquels la communion de nos deux pensées était totale, sans fausse note, au diapason. Les mots, écris, s’étaient enchaînés les uns aux autres tout naturellement, écho de sensations, de sentiments, de douleurs, de joies et de peines, racontés, disséqués, dépecés, à l’infini. Nos doigts pianotaient les claviers vibrants sous la charge émotionnelle. Il ne s’agissait plus à présent de se dévoiler par écran interposé. Il s’agissait désormais de se voir, de se toucher, de se parler, de reconnaître l’autre en tant que personne vivante avec ses qualités et ses défauts. Qu’allait-il advenir de nous ?


La pluie battait toujours ma mélancolie mais, peu à peu, le souvenir entrouvrit légèrement la chape de mon désespoir, libérant des sensations fugaces mais si réconfortantes. Tel un rayon de soleil se glissant subrepticement dans la chambre sombre au travers des persiennes, l’évocation de la rencontre fit ressurgir l’émotion.  Face à moi, les yeux pétillants sous le chapeau au ruban vert, une femme aux pieds nus me toisait.

 

Soudain, les mots s’écoulèrent comme l’eau d’une rivière, des mots fringants, tumultueux, insoumis. Ils courraient sur le papier. Dehors déjà, s’éloignait la tempête. Un air nouveau soufflait dans la pièce. Il ne s’agissait plus de réaliser ce travail rébarbatif de témoin mais de laisser glisser les souvenirs tels qu’ils venaient. Elle était là et j’étais juste en face d’elle.

 

Nos yeux se croisaient mais nous n’osions pas nous approcher l’un de l’autre, figés dans une contemplation craintive. Je pris une profonde inspiration et mon courage à deux mains et l’appelais.

 

-         Noor ?

 

J’utilisais son prénom, celui qu’il m’avait été de donner de découvrir. Je dois bien avouer que cela avait été vraiment délicat mais il m’avait suffit d’une lettre, le N, et d’une bonne dose d’intuition pour le révéler. Sa découverte m’avait bouleversé comme celui de son premier message :

 

« J'ouvre la porte, tape un petit coup, personne ne répond. Je passe la tête : " euh … il y a quelqu'un ? ". Personne apparemment, j'avance, met un pas dans ton nid, puis un deuxième. Tourne la tête de tous côtés, rien à voir, tout est encore noir, il n'y a pas encore suffisamment d'images pour te composer dans ma tête, te donner une forme. Tiens un siège ! Je m'y installe, ouf ! Assise au milieu du noir, amusant ça !!

 

Bon, je croise les jambes, non finalement les décroise, il faut que je me mette à l'aise, je n'ai pas l'habitude d'entrer chez les oiseaux ...

Attends j'allume une cigarette, voilà ... Attends encore, je mets un CD, une petite merveille que je rêve d'écouter depuis deux jours ... voilà ... mmm ... Musique proche orientale chrétienne, véritable carrefour des civilisations, tout y est : l'orient et l'occident, rythme d'ici et d'ailleurs. Le rêve que certains caressent de faire, un monde de mélanges, où les différences se mêlent avec harmonie, cette musique y arrive sans fausse note ... »

 

A sa lecture j’en frissonne encore …

 

Cette incursion dans ma messagerie m’avait fait l’effet d’une bombe. En déplacement professionnel à l’époque, mon nid n’était en fait qu’une chambre d’hôtel sans beaucoup d’intérêt. Imaginer la présence d’une inconnue dans cet espace impersonnel mais si intime m’avait bouleversé. Je restais figé à lire et à relire ce texte et y découvrait à chaque lecture une nouvelle raison de m’émerveiller. Elle poursuivait ainsi :

 « Je trouve un peu bizarre cette correspondance entre une puce et un busard, de quoi pourront-ils donc parler ? On se cache derrière des pseudos pour fuir une réalité, mais elle nous rattrape quand il faut à nouveau devenir de chair. Me permets-tu de t'appeler Taïr ? Je préfère à Busard, et ... je serais la seule à t'appeler ainsi : ) ...

 Alors, bonsoir Taïr, comment s'est passé ton vol de nuit de trois jours ? Vol de nuit cela veut-il dire pour toi qu'il n'y a alors plus de soleil pendant trois jours. Juste une pause nocturne de réflexions pendant un long vol ?

Et dans quelle partie de la terre t'ont mené tes réflexions ? Dans quels recoins de ta pensée ?

 

Tu m'intrigues Taïr ...

 

Et tu m'amuses par ton excentricité, pourtant je suis entourée de gens encore plus excentriques puisqu'ils le sont dans la réalité : mon père, mon frère et ... moi : )

 

Au fait, je voulais te féliciter pour le crash du vieux coucou Vendredi, criant de vérité, surtout la reprise de l'envol, ça m'a vraiment fait rire ...

 

Ton poème aussi, (comment s'appelle-t il déjà ?), attends je vais aller voir ... " Le choix du dragon ", je le trouve de meilleure facture, j'y ai trouvé un peu du "fou d'Elsa "

 

"Te voilà terre philosophale à mes pieds d'où sort l'orange

Et j'ai peur maintenant de trop bien comprendre les Mauvais Anges

Séduit par l'attrait de l'enfer à retrouver l'Andalousie

Je suis envahi tout à coup par un parfum d'apostasie

Grenade à chair de violette et de jasmin dont le vent mène

A moi comme de bains publics une anonyme odeur humaine

Tel est le désir au ventre que j'ai de toi que je me dis

Que pour connaître la senteur du bois il faut une incendie

Et je ne te posséderai jamais autrement pour moi-même

Je suis l'émissaire d'un Roi chargé de te dire qu'il t'aime

Qu'il ira de force ou de gré te prendre bientôt dans ses bras

Te serrer dans ses jambes d'or tant que le ciel en saignera "

 Hum ... c'est beau n'est ce pas ?

 "Tel est le désir au ventre que j'ai de toi que je me dis

que pour connaître la senteur du bois il faut un incendie"

 Voilà, j'ai mis un pied chez toi, timide je le reconnais. Mais je ne me laisse pas facilement apprivoiser, je ne suis qu'une chtite puce ... euh .. stp ne m'écrase pas en rentrant, je suis là, assise dans le noir  : )

 

N . »   

 

La réalité virtuelle venait de me frapper de plein fouet.

 

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6 août 2008 3 06 /08 /août /2008 14:18

Elle s’était alors approché de moi, pris la main et emmené dans les dédales du marché. J’étais pris dans un courant tourbillonnant avec la sensation délicieuse ne pouvoir m’en échapper. Sa main fraîche agrippait fermement mes doigts et me guidait. A la sortie du marché, je fus soudainement projeté dans un taxi et dans un vombrissement sonore ponctué de coups de klaxon. Je reconnus l’adresse lancée à la volée, rue … colline de l’Anfa. Silencieux, nos mains ne s’étaient pas lâchées. J’observais comme dans un film le déroulé de cette ville bruyante. Le temps s’écoulait au rythme de nos coeurs battants.

Je savais à la fois tout de cette femme et en même temps si peu. Nos heures d’échange sur internet avaient mis à jour de nombreux pans de notre intimité. C’est son impressionnant savoir culturel et livresque qui m’avait attiré dès le départ. Nous pouvions échanger sur tout mais j’avais souvent l’impression d’être un enfant face à son professeur. J’adorais quand elle me citait des textes moyenâgeux ou biblique, justifiait telle argument par un versé du Coran, contrecarrait ma vision simplifiée des choses de la vie. Mais je me faisais à chaque entretien un point d’honneur de chaque fois la surprendre. Pour cela j’étais obligé de les préparer soigneusement. Mes pirouettes visiblement l’amusaient et je me délectais de ses réactions. Je souriais bêtement à l’écran de mon ordinateur et à chaque réplique une vague de bonheur m’envahissait.

Nous n’étions pas toujours d’accord et de temps en temps même en opposition. Après un certain temps il nous est parfois arrivé de nous disputer tel un vieux couple. Mais même cela nous faisait rire. Un silence embarrassé, un mot d’excuse et nous reprenions nos échanges comme si rien ne s’était passé.

Je me rappelle ce soir où nos mots ont dérivé aux délires des sens. Emportés par une exaltation sans précédent, chacun de nos écrits se répondant en écho amplifiait les précédents. Nos descriptions, minutieuses, précises, n’auraient rien perdues à être mises en acte réel. Nous avons fait l’amour … virtuellement. Par la suite, ces dérives se firent de plus en plus fréquentes, finissant notre besoin d’échanges plus intellectuel. La fièvre des sens nous dévorant, nous étions tels des amants en état de manque si l’un de nous loupait le contact suivant promis.  

Le taxi nous arrêta devant une maison magnifique qu’étrangement je reconnus. Je l’avais si souvent fantasmé. Je perçu en moi à la fois de l’excitation mais aussi une certaine angoisse. Pourquoi m’amenait-elle directement chez elle ? Un homme ouvrit la porte. Grand, élégant, impressionnant de charisme, ses yeux noirs me scrutèrent intrigués. Ne lâchant pas ma main elle me conduisit à lui.

-         Mon frère. Dit-elle.

Après une poignée de mains, ferme, sans un mot ils me firent rentrer dans la maison.   

Je traversais un corridor plus ou moins obscur avant d’accéder à une cours intérieure drapée de plantes et de fleurs au milieu de laquelle trônait une fontaine dégoulinante de fraîcheur. Je respirais cette atmosphère, son atmosphère. Un peu plus loin de grands poufs et une table basse nous accueillirent pour la cérémonie du thé. Depuis mon entrée dans les lieux pas un mot n’avait été échangé en dehors des politesses d’usage. A présent, face à face, nos yeux parlaient pour nous. J’étais en extase.

Elle souriait avec un contentement évident. Malicieuse, elle s’amusait de mon trouble. Ce frère pour moi impersonnel mais si présent, m’ôtait toute possibilité d’intimité. Quelle surprise me réservait-elle encore ? Alors que je m’interrogeais, le gaillard pris les devants et commença à disserter sur mes poèmes, donnant son impression générale mais aussi rentrant dans des détails que je n’aurai pas pu soupçonné qu’il soit informé. Il parlait avec la passion de quelqu’un qui cherche à communier. Plus il parlait et plus je me sentais mis à nu, tant il est vrai que la relation vraiment personnalisée avec Noor m’avait fait oublié le caractère si ouvert de nos échanges. Je cherchais l’échappatoire, vainement.

Je repris du thé à la menthe. Un thé fort et sucré presque enivrant. Elle ne parlait toujours pas. Seuls nos yeux se croisaient, les siens si brillants brûlaient d’un feu intérieur intense. Une question m’angoissait de plus en plus. Je la savais mariée et j’étais en ce moment même dans sa maison, la maison de son époux. Etait-il absent, en voyage d’affaire ? Allait-il rentrer subitement ? Les allers et venues de la servante me donnaient de brefs instants de répit. Le questionnement du frère devenait si précis, ses demandes si impérieuses, que je pouvais raisonnablement plus éviter de lui répondre de manière évasive.

Je commençais donc à lui expliquer ma manière d’écrire. Une écriture automatique que le temps avait façonnée et structurée au niveau de la technique. Un peu comme ceux qui pratiquent l’improvisation en musique, au début maladroit puis finalement expert en la matière. Il ne comprenait pas vraiment. Son enthousiasme me surprenait d’autant plus que je savais Noor très critique vis-à-vis de mes écrits, me reprochant systématiquement le moindre défaut, le moindre laisser aller. L’eau coulait joyeusement dans la fontaine. Une porte grinça …

Un vieil homme habillé à la mode marocaine entra. Il est grand lui aussi et d’une noble prestance. Son sourire avenant parsemé de dents blanches et éclatantes laissait entrevoir une bonhomie toute faite de gentillesse et d’intelligence. Noor et son frère Abdelatif se levant, ce qui démontrait de l’importance du nouvel arrivant, je fis de même. Après un signe de tête rapide à mes hôtes, il se dirigea directement sur moi pour donner une poignée de mains pleine d’une vigueur chaleureuse.

-         Alfred, lança-t-il en riant, un prénom bien français qui m’a été donné par mon père lui aussi très français, je suis le père de ces vauriens !!!

J’allais me lancer dans des paroles de circonstances quand il m’interrompit.

-         J’ai lu nombre de vos poésies et je dois bien avouer que j’y ai pris un certain plaisir. Ma fille ne les aiment pas vraiment, elles trouvent hum ... dirais-je un peu trop simples et ne s’accordant pas avec les grandes règles de la littérature. Elle lit beaucoup vous savez ! Son érudition est profonde et se conjugue à tous les temps, passé, présent et parfois avenir, même si n’est pas là son domaine de prédilection. La science fiction, les délires humains comme elle les appelle, ne sont pour elle pas dignes d’un grand intérêt.

Le monologue se poursuivait. Je restais immobile, fasciné.

-         Mais pour ma part, je suis très sensible à vos écrits. Ils mettent en lumière les grands et les petits sentiments, les douleurs et les peines, la dérive du temps, le choc à l’autre. Ils ont quelque chose de pictural et j’ai très souvent envie de les transcrire dans mes tableaux. J’en ai même réalisé un dernièrement qui vous plairait … je suppose. A présent, parlez moi de vous.

Tout à la joie d’avoir trouver un admirateur, je me lançais alors dans une description de moi, de ma vie, de mes activités personnelles et professionnelles habitué que je suis à des présentations didactiques précises. J’avais même oublié Noor et son frère, tant il est vrai qu’ils s’était tous deux effacés à l’arrivé du vieil homme, leur père. Il m’écoutait attentivement, hochant la tête, demandant des précisions, questionnant. Nous étions toujours debout et le bruit de l’eau rythmait mes paroles. La porte s’ouvrit à nouveau …  

La pluie s’était arrêtée. Je souris à l’idée saugrenue que les mots étalés sur le papier pouvaient en être la cause. Comme si les sensations ressenties pouvaient influencer le temps. Je regardais la nature détrempée, brillante de miroirs, où l’eau faisait son oeuvre salvatrice. Mes pensées vagabondaient. Je revoyais la scène avec une précision incroyable. J’étais là bas et j’en ressentais même la chaleur sur ma peau.

Mon inquiétude d’une rencontre avec le mari grandissait. Le nombre de personnes dans la pièce venait encore de s’accroître. La femme qui venait de rentrer s’était faite discrète et personne ne me la présenta. Je déroulais ma vie donnant de nombreux détails, appuyant de traits d’humour mes expériences significatives. Je pris un soin particulier à regarder un à un mon auditoire.

Le père m’écoutait religieusement, le fils ou le frère accompagnait mes effets de grands rires et de petites phrases en guise de support, la femme s’occupait le dos tourné, quant à Noor, ses yeux fichés dans les miens riaient de malice et d’un plaisir sans équivoque. Je restais alors un moment à l’observer cherchant à comprendre dans quel traquenard elle m’avait amené. Quel but poursuivait-elle ? Il était évident à présent que la romance telle que je l’avais envisagé n’aurait pas lieu. Il me tardait de pouvoir discuter en tête à tête avec elle, mais cela serait-il possible ?

La situation me paraissait irréelle. Tous ces gens qui m’entouraient et que je ne connaissais pas. Cette attente fébrile d’une rencontre qui visiblement ne venait pas. Cette angoisse insidieuse de m’être complètement fourvoyé. Cette incompréhension totale de l’événement. Que me voulait-elle ? Pourquoi m’avait-elle fait venir ? Mon cœur tressaillit quand la porte s’ouvrit à nouveau. Un homme entra.

Habillé d’un costume clair, d’une chemise blanche et d’une cravate chatoyante, il salua l’assemblé, embrassa Noor rapidement et se tourna vers moi. Ses yeux plongèrent dans les miens. Par bravade, je résistais à l’assaut montrant à mon tour un semblant de curiosité pour le nouvel entrant. Le silence pesait sur la pièce. Je me présentais alors comme on le fait quotidiennement dans le milieu professionnel et fut surpris de m’entendre déclarer mon prénom en lieu et place du pseudo qui avait tant fait parler jusque là et sous lequel semble-t-il tout le monde ici me connaissait.

Il fit de même et me tendit une main que je serais fermement.

-         on m’a dit que vous étiez un poète mais aussi un industriel ? lança-t-il interrogatif. Comment cela se peut-il ?

Cette approche directe venant d’un parfait inconnu chez qui j’étais pour des raisons quelque peu difficile à avouer, me surprit. Lui aussi était donc au courant ! Mais de quoi … bon sang !!! Une colère sourde montait en moi. Que signifiait tout ceci ?

Se méprenant sur mon attitude qu’il interpréta comme étant une certaine réserve provoquée par son questionnement direct, il repris la parole.

-         vous savez, je suis aussi un industriel et d’après ce que j’en ai compris nous sommes dans le même milieu. Moi coté business, vous coté plus opérationnel. En dehors du travail, mon penchant va plutôt vers le sport, le foot pour être plus précis. Au Maroc, le foot est le sport national mais nous suivons aussi votre championnat. Aimez-vous le foot ?

Alors que j’allais me lancer dans une diatribe sur mon sport préféré, le rugby, Noor nous interrompit vivement.

-         allons, allons, il n’est pas le moment de parler de sport, vous pourrez le faire tout votre saoul pendant le repas ou après. Passons à table !

Le repas se prolongeait suivant le cours des conversations, torrent furieux de mots et de chaleur humaine. Je me sentais chez moi, en famille. Les rires secouaient la pièce de tremblements sonores. Les exclamations fusaient chacun y allant de sa petite histoire ou de son anecdote. Un pur moment de plaisir et de bonheur suintant l’amitié et la convivialité. J’en oubliais même l’objectif initial de ma venue, celui-ci s’éloignant à fur et à mesure que le temps passait. Rien n’aurait pu le révéler, y compris à un observateur averti.

Une musique s’insinua dans ma tête. Une musique entêtante, le genre de musique qui vous fait frissonner et qui vous prend aux tripes. Je fus pris d’un vertige et me sentis descendre au fond d’un précipice sans fin. J’étais là attablé mais je n’étais plus là. Je flottais. Je regardais autour de moi et je compris qu’ils ne voyaient pas ou qu’ils ne me voyaient plus. Et pourtant, ils me parlaient. Je leur parlais, je me voyais. Que se passait-il ? J’eu peur, très peur. Cette expérience était, pour moi si rationnel, tout à fait déstabilisante. C’est alors que j’entendis une voix. La voix de Noor qui m’appelait. Mais la voix ne venait pas de la table que j’avais l’impression de survoler.

-         Cherche et trouve moi !  

Paniqué, je n’arrivais pas me stabiliser. Où était-elle ? Je cherchais à bouger. Je regardais partout, rien. Je commençais à ressentir une grande frustration.

-         Calme toi ! Arrête de bouger et ferme les yeux, puis vient !

Je réussis à me maîtriser puis je fermais les yeux et c’est alors que je la vis. Elle était splendide avec son merveilleux sourire. Elle me pris la main et m’emmena, le jardin, l’escalier puis une grande pièce sombre.

-         Que se passe-t-il ? Demandais-je
-         Rien d’important. La seule chose qui compte, c’est l’on soit enfin ensemble.
-         Mais …
-         Ne pose plus de questions, le temps est compté.

Elle m’embrassa, fort, longtemps. Le genre de baiser fougueux à la mesure de la situation. Les choses devinrent alors pour moi si réelles que je répondis à son baiser.  La suite ne fut que chocs des corps, violents, douloureux, enflammés. J’eu l’impression d’une éternité puis quand nous fûmes pleinement rassasiés, nous nous sommes tous deux mis à pleurer comme des fontaines.

-         Dis moi ?

C’était la question que je lui posais toujours quand je souhaitais à la fois la perturber et entrer en communication avec elle sur internet.

-         Oui ?
-         Où est le miroir ? Comment tu fais çà ?

Je la regardais. Elle était belle. Plus belle que je ne l’avais imaginé au travers des deux photographies envoyées. Etroitement enlacés, elle s’écarta pour me regarder droit dans les yeux avant de me répondre. Elle souriait puis en un instant pris un air grave.

-         Je ne peux te répondre. Sache toutefois que tout cela a un prix, un prix pour toi et un prix pour moi. Tu écriras notre histoire avant que ne se passe un an et que tu perdes définitivement la mémoire de se qui s’est passé. L’écris en sera alors la seule trace.
-         Et pour toi ? 
-         Moi ? Je ne peux pas te le dire, cela fait parti du pacte.
-         Dis moi, je t’en prie !
-         La seule chose que je puisse te dire, c’est que je ne dois plus te revoir et que tu ne dois plus chercher à me revoir.
-         Pourquoi ?
-         Il s’ensuivrait de terribles événements pour moi et ma famille.
-         Mais c’est quoi tout çà ? M’emportais-je ?
-         Je suis tombé par hasard sur un vieux grimoire d’alchimie et j’ai fabriqué la potion. Mais c’est à usage unique ! Une fois pour la vie !
-         Mais je t’aime !!!
-         Moi aussi !
-         Alors ?
-         Alors … une fois pour la vie !

J’écrivais les derniers mots avec difficulté, sans bien comprendre ce que j’écrivais,  surpris de me retrouver en train d’écrire. Je me relis mais ce que je lis n’a pas signification pour moi.

-         Quelle étrange histoire ! C’est bizarre d’avoir écris çà ? Je n’écris jamais d’habitude !

Dehors quelques rayons de soleil  traversèrent les nuages qui s’échappent. Un oiseau chante dans le lointain. Je pose mon stylo et lance …

-         Une fois pour la vie !

… comme pour provoquer le silence.

Dans ma tête une mélodie déjà se met à trotter …


Le 06/02/08

busard 

Epilogue :

Après voir lu de nombreuses fois ce récit que j’ai écrit, je ne comprends toujours pas ce qui m’est arrivé, quelle est la part de vrai et la part inventée. J’ai alors mené des recherches pour tenter de comprendre et il s’est avéré que de nombreux détails, personnages et lieux cités existent réellement. Le prénom Noor par exemple est utilisé dans les pays du Maghreb, dont le Maroc, mais aussi au-delà. La reine de Jordanie porte ce prénom. Il y a bien un marché aux fleurs à Casablanca et un des quartiers est situé sur la colline de l’Anfa. J’ai aussi identifié une multitude de pseudos de type … puce, pupuce, mapuce sur internet. Enfin je me suis aussi mis à la recherche du grimoire et un après-midi chez un brocanteur …
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19 février 2008 2 19 /02 /février /2008 09:16


Un cavalier approchait rapidement suivi de son nuage de poussière, un cavalier maure vêtu de noir, un messager. A la porte, les gardes lui ouvrirent le passage. Il entra dans la cité bousculant passants et marchants, irrités mais craintifs, et se dirigea directement vers le palais. Déjà la rumeur se répendait dans la ville, et les conversations allaient bon train. La guerre ...    
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